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07/04/2016

La Turquie derrière les attentats de Paris et Bruxelles .

 

Turquie_derrière_attentats_Paris_Bruxelles

 

Selon une hypothèse résumée dans un article récent de Thierry Meyssan, ce serait la Turquie de Erdogan qui serait à l’origine des attentats terroristes récents de Paris et Bruxelles.

Thierry Meyssan et son réseau Voltaire-net sont généralement présentés par les bons esprits français comme des conspirationnistes inaudibles. Pour ceux qui cependant lisent et étudient leurs articles, ils n’y trouvent rien qui ne puisse être pris au sérieux. Certains points de vue peuvent être discutables, mais dans l’ensemble ils offrent un regard informé et crédible sur le monde politique, notamment au plan des relations internationales. Ce regard est malheureusement ignoré sinon rejeté par les porte-paroles de la pensée dite officielle, c’est-à-dire celle qui se prétend détentrice des informations et opinions devant inspirer l’ensemble de la pensée politique.

Dans la suite des attentats de Paris et Bruxelles, les enquêtes ont fait apparaître qu’ils avaient été montés par un petit réseau terroriste organisé et cohérent. Leurs auteurs ne pouvaient pas être confondus avec ce que seraient des individus isolés inspirés par les appels au djihad diffusés aujourd’hui par la nébuleuse dite Daesh ou Etat islamique (EI). Certes, l’EI prend de plus en plus d’importance en Europe et en Afrique, mais il ne dispose peut-être pas encore de têtes pensantes suffisamment bien informées des arcanes des sociétés françaises et belges pour pouvoir y monter des opérations aussi sophistiqués que ce que furent ces attentats. Il faut pour cela, pourrait-on dire, derrière les hommes de mains, un véritable appareil d’Etat.

Or selon l’article de Thierry Meyssan, auquel nous renvoyons le lecteur, cet appareil a été celui de la Turquie de Recip Tayeb Erdogan. Nous nous sommes ici souvent fait l’écho des ambitions de celui-ci et de son parti l’AKP, dit Parti de la justice et du développement, ou « islamiste modéré » (?) encore largement majoritaire dans le pays. L’objectif est de refaire de la Turquie la grande puissance musulmane et guerrière qu’elle fut du temps de l’Empire ottoman.

Cette ambition a dès le début été soutenue militairement et financièrement par les Etats-Unis, voulant faire du nouvel Empire un instrument aux services de leurs politiques de domination dans toute la région, comme de leurs efforts pour en éliminer la Russie et son allié syrien Bashar el Assad. Accessoirement, les Etats-Unis ont toujours vu dans la Turquie un moyen d’affaiblir d’éventuelles volontés d’indépendance européennes. On sait qu’ils ont encouragé jusqu’au déraisonnable l’entrée de la Turquie, pays de 70 millions de musulmans, dans l’Union européenne.

Erdogan avait semble-t-il compté sur cette entrée dans l’Union pour conforter son rôle de nouveau grand sultan ottoman. Mais devant les réticences européennes bien légitimes, il a changé de stratégie et a entrepris de jouer la carte de l’Etat islamique. Les différentes nébuleuses rassemblées sous ce terme n’avaient guère de ressources ni d’organisation. Il est désormais avéré que Erdogan, avec l’appui de Washington, a décidé de les armer, de les inonder des dollars résultant de la vente en Europe du pétrole acquis par les terroristes en Irak et en Syrie, de les conseiller sur la meilleure façon de mettre l’Union européenne et la Russie en difficulté.

A défaut d’un recours aux moyens militaires, stoppé net par la Russie, Erdogan a pris conscience de l’arme de long terme que pouvait constituer l’encouragement de migrations massives provenant non seulement du Moyen Orient, mais de divers pays voisins, voire africains. Il s’agit aujourd’hui de « réfugiés » mais surtout de migrants économiques attirés les uns et les autres par l’El Dorado européen. Nul ne nie plus que ces migrants trouvent en Turquie une base favorable pour ensuite gagner l’Europe par la voie maritime et terrestre. Erdogan a extorqué plus de 3 milliards d’euros à la naïve Angela Merkel pour contenir ces migrations, mais il n’a jamais rien fait en ce sens. Chacun sait que les côtes turques s’enrichissent aujourd’hui des passages organisés vers la Grèce.

Les « décisions » prises lors par la dernière réunion entre la Turquie et le conseil européen pour rationaliser et diminuer ces flux ne seront évidemment pas appliquées, non seulement parce que qu’elles demanderaient des moyens humains européens considérables, mais parce que la Turquie fera tout pour ne pas les mettre en oeuvre.

 

La question kurde

Cependant, la guerre déclenchée par Erdogan avec l’encouragement aux migrations ne donnait pas de solutions immédiatement capables de régler pour lui ce que l’on nomme la question kurde La peur d’Erdogan et de l’AKP est de voir les Kurdes de Turquie, malgré la répression féroce qu’ils subissent, se donner une certaine indépendance, sur le mode fédéral, à l’égard d’Ankara. Plus grande encore est sa peur de les voir se rapprocher, sous l’action du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) des deux autres Kurdistans, irakien (avec les désormais célèbres peshmergas) et syrien.

Erdogan avait obtenu de l’Union européenne, et plus particulièrement de la France, que ces Kurdes non turcs ne soient pas encouragés à négocier des démarches communes avec les Kurdes de Turquie. Mais devant l’efficacité de leur lutte contre les différentes mouvances de l’EI, les Européens paraissaient sur le point, à Paris et à Bruxelles, de les soutenir dans leurs ambitions nationalistes. Un rappel à l’ordre et un avertissement pour l’avenir s’imposait donc de la part d’Erdogan. Ce furent les attentat de Paris et de Bruxelles, organisés fort intelligemment, comme rappelé en introduction, qui ont servi de premier avertissement. Pour eux, comme pour ceux qui suivront nécessairement, la tête pensante a été et sera la Turquie, l’EI et ses réseaux terroristes se bornant à fournir les exécutants.

Néanmoins, la situation se complique aujourd’hui pour Erdogan. D’une part l’EI prend de plus en plus d’indépendance terroriste et a moins besoin du soutien turc. D’autre part les succès de Bashar el Assad, soutenu par la Russie, diminuent son influence en Syrie. Enfin l’Amérique elle-même prend conscience du danger qu’il peut y avoir à s’appuyer sur un allié aussi imprévisible que Erdogan. Enfin les ambitions Kurdes en faveur d’un grand Kurdistan semblent désormais tolérées, sinon soutenues, par l’Occident.

Ce ne veut pas dire pour autant que Erdogan renoncera, concernant l’Europe, à l’arme du terrorisme par procuration et des migrations massives. Il le fera d’autant moins que l’Europe continuera à vouloir discuter gentiment avec lui, au lieu d’employer pour le remettre à sa place les grands moyens dont elle pourrait disposer§...

Jean Paul Baquiast

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