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08/11/2014

La prestation sur TF1 de François Hollande n’a pas été à la hauteur des enjeux mais plutôt à la longueur du cou d’une autruche...

Arrivé dans un esprit quelque peu dantesque à la moitié de sa vie présidentielle … enfin, de son mandat, François Hollande a refait une tentative de normalisation : il s’est adressé aux Français. Sur le plan humain, on ne peut que le compatir. Ce n’est pas en paroles que l’on redresse 12% de côte de popularité. Mais qu’en est-il en pratique? Le Président des minorités, se serait-il derechef planté ?

A voir les critiques acerbes du mainstream dont on aurait attendu un plus de souplesse, je pense entre autres à grande échelle au Figaro (« Personne n’attend plus rien de lui ») ou à un niveau plus régional à Sud Ouest qui focalise son analyse sur le ressenti de François Fillon pour qui la prestation du Président était digne d’un « commentateur d’échecs » et « de mesurettes », il devient clair que le cas Hollande est irrécupérable. Qu’il se réfugie dans des lieux communs (affaires Gourdel et Fraisse où il se contente d’évoquer l’imminence d’une enquête poussée) ou des mesures très secondaires comme le retour de l’ASS pour les chômeurs à l’âge de la retraite, Hollande n’a plus aucune chance de « fendre l’armure » … si armure il y a eu tant Sa Normalité a toujours été désarmée face à l’héritage qui lui fut légué et le poids croissant d’une hyperpuissance pour qui la France n’est qu’un maillon dans l’espèce de partenariat transatlantique projeté.

Le vin tourne certes au vinaigre mais voici qu’il faut boire le calice jusqu’à la lie. Chose difficile mais qui vaut peut-être mieux pour Hollande qu’un référendum national qui interpellerait les Français sur l’éventualité de son départ, une éventualité facilitée par l’adoption d’une loi, fin octobre, permettant la destitution du Président sur la base d’un traitement pénal de ses actes. Les modalités ne sont pas si récentes puisqu’elles ont été formulées telles quelles en 2007. Il s’agissait par conséquent, à un moment particulièrement périlleux pour Hollande, d’en actualiser les termes. Un Président peut être donc légalement destitué en cas de «manquement à se ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat ». L’adverbe « manifestement » est d’une abstraction aussi comique que dangereuse pour Hollande.

Mais en réalité, n’est-ce pas tant le système dans son ensemble qui est manifestement incompatible avec les intérêts de la nation ? L’UMP dans l’état où nous l’avions connu entre 2007 et 2012, aurait-il fait mieux aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr. En ce sens, la personnalité de Hollande n’est pas un diagnostic mais bien un symptôme parmi tant d’autres dont ce Président aspirant à la Normalité suprême souffre lui-même.

Ce constat explique pourquoi la France d’aujourd’hui, surtout la France des moins de 35 ans, est ancrée dans l’antisystème. L’intervention de la sociologue Anne Muxel sur Atlantico met bien en relief cet entichement de plus en plus net qu’éprouve la génération Mitterrand pour les « extrêmes ». Le terme n’a aucune connotation particulière. Qu’elle se solidarise avec Mélenchon ou Marine Le Pen, la jeunesse veut sortir des sentiers battus et retrouver une France souveraine, exempte des sempiternelles jérémiades de la Commission européenne avec ses Junker dévoués aux multinationales et ses Mogherini qui ne connaissant rien à l’Ukraine s’inquiète du scrutin novorossien en cautionnant des sanctions nuisibles à l’UE.

Cette jeunesse-là que le PS espérait encore conquérir patauge dans l’incohérence la plus totale. Il se veut socialiste à l’état pur et dur mais pratique une politique fiscale de droite. Il se veut humaniste, rationnel, héritier des Lumières mais s’applique à mettre le feu aux poudres en contribuant à la destruction des régimes moyen-orientaux laïcs incitant de facto les groupuscules religieux fanatiques installés en France à se radicaliser encore plus. Il prône un laïcisme militant tout en encourageant un communautarisme de type confessionnel. Il colle des peines hallucinantes à des Yvette Bert de 76 ans pour organisation de lotos à des fins caritatives mais relaxe joyeusement les auteurs de viol en réunion. Il interdit la police de réprimer les émeutes banlieusardes – ce qui conduit parfois à des tragédies isolées en dehors de ces banlieues quand les CRS sont au bout du rouleau – mais cautionne la dispersion des gaz lacrymogènes contre les grands-mères et les enfants de la Manif pour tous.

La non-inversion de la courbe du chômage doublée d’une absence déboussolante de valeurs réelles détermine trois types de conduite :

- Une attitude, vulgairement parlant, je-m’en-foutiste qui explique en grande partie les dernières victoires de l’abstentionnisme mais aussi, bien que dans une moindre mesure, le vote d’opposition ou le vote antisystème.

- Une volonté très marquée de redressement supposant un engagement dans des partis qui n’ont pas été encore au pouvoir – Front de gauche et plus massivement FN .

- Enfin, une attitude chaotique appuyée sur l’apologie de la casse. Si ce facteur d’insécurité était jusqu’ici localisable puisqu’il provenait majoritairement des ZUP, on le voit maintenant qui gagne le cœur des grandes communes telles Nantes ou Toulouse où des courants agressifs de type Brigades Rouges ou Action Directe le tout assaisonné d’une touche de vert écolo se mettent à singer les éléments radicaux des cités. Ces ultra-gauchos qui poussent leur haine du système jusqu’à l’absurde prétendent chérir, dans un élan d’anarchie quasi-lyrique, ce qu’ils pensent être de simples opprimés. Les pauvres ! Si un gouvernement fort ne reprend pas le contrôle de cette entropie galopante, ils seront les premiers à être égorgés par des gens qui ne sont ni vraiment français, ni vraiment musulmans et que l’on voit à l’œuvre en Irak et en Syrie. Voici un sujet tout de même plus préoccupant que la problématique ridicule des PMA/GPA pour les couples homos ou même, bien que la mesure soit digne des plus grands éloges, la réintroduction de l’ASS. La prestation sur TF1 de François Hollande n’a pas été à la hauteur des enjeux mais plutôt à la longueur du cou d’une autruche.

Ce n’est pas une réforme plus ou moins cosmétique d’une politique paralysée par Maastricht, l’OTAN et l’euro qui redressera la France ou la côte de popularité d’un Président tragique mais le renversement du système en place. Reste à savoir quand et dans quelles circonstances celui-ci sera réalisable.