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27/11/2014

Le discours pan-maçonnique du pape François au parlement européen .

 

 
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L’intégralité du discours du pape François est lisible en bas de l’article.
Le pape François s’est rendu ce mardi 25 novembre 2014 à Strasbourg, invité par le parlement européen. La pensée ultra-progressiste du pape jésuite ne laissait pas beaucoup d’espoir qu’il prononçât un discours de Vicaire du Christ devant cette assemblée d’une institution qui a rejeté l’identité chrétienne de son continent. L’ovation générale et le concert de louanges provenant des affiliés des loges ne laissent malheureusement pas de doutes sur le contenu du discours pontifical.
Le mot « dignité » y est présent 17 fois, celui de « droit » 13 fois, celui de « transcendance » 6 fois et celui de « Dieu » 5 fois. Au-delà de ces chiffres qui montrent une certaine orientation, c’est une vision très anthropocentrique de la société que le pape Francois a présenté, teintée d’un déisme qui n’est somme toute pas très éloigné des penseurs de ce qu’on appelle à tort le « siècle des lumières ».
Non pas que tout le discours du pape soit dénué de tout sens, il contient des remarques tout à fait justes sur les défauts du fonctionnement des institutions, mais les droits de l’homme sont omniprésents, et le discours reste dans les chemins battus de la démocratie, de la dignité, de l’écologie etc, sans oublier l’immigration.
Sur ce dernier point, le discours est gauchisant à souhait : plutôt que de rappeler aux dirigeants des pays riches leurs devoirs de développer les pays les plus pauvres afin de fixer leurs populations, le pape appelle l’Europe à accueillir les immigrés, elle qui est déjà submergée par une immigration de masse mettant en danger à court terme l’identité même de l’Europe. Bien sûr que ces immigrés sont des victimes, mais ils ne sont pas les victimes des pays qui refusent de les accueillir mais bien de cette mondialisation politique, économique et financière, dont l’Union Européenne n’est pas autre chose qu’un des éléments.
Le pape Pie XII, pourtant européen convaincu et même obsédé, pape qui encouragea fortement la construction de l’Union Européenne, eut un discours autrement plus catholique aux congressistes de l’Union Européenne des Fédéralistes le 11 novembre 1948 :
Personne, croyons-Nous, ne pourra refuser de souscrire à cette affirmation qu’une Europe unie, pour se maintenir en équilibre et pour aplanir les différends sur son propre continent – sans parler ici de son influence sur la sécurité de la paix universelle – a besoin de reposer sur une base morale inébranlable. Où la trouver, cette base? Laissons l’histoire répondre : il fut un temps où l’Europe formait, dans son unité, un tout compact et, au milieu de toutes les faiblesses, en dépit de toutes les défaillances humaines, c’était pour elle une force ; elle accomplissait par cette union de grandes choses. Or, l’âme de cette unité était la religion, qui imprégnait à fond toute la société de foi chrétienne
Une fois la culture détachée de la religion, l’unité s’est désagrégée. A la longue, poursuivant comme tache d’huile son progrès lent mais continu, l’irreligion a pénétré de plus en plus la vie publique et c’est à elle avant tout que ce continent est redevable de ses déchirements, de son malaise et de son inquiétude.
Si donc l’Europe veut en sortir, ne lui faut-il pas rétablir chez elle le lien entre la religion et la civilisation?
C’est pourquoi Nous avons eu grand plaisir à lire en tête de la résolution de la Commission culturelle à la suite du Congrès de La Haye en mai dernier, la mention du « commun héritage de civilisation chrétienne ». Pourtant ce n’est pas encore assez tant qu’on n’ira pas jusqu’à la reconnaissance expresse des droits de Dieu et de sa loi, tout au moins du droit naturel, fond solide sur lequel sont ancrés les droits de l’homme. Isolés de la religion, comment ces droits et toutes les libertés pourront-ils assurer l’unité, l’ordre et la paix ?
Somme toute, le pape Pie XII rappelait ni plus ni moins la doctrine de l’Eglise : la laïcité est un poison mortel, mortel pour les âmes des personnes que l’on éloigne de Dieu, mais mortel aussi pour les pays et les institutions privées de toute base morale et de toute possibilité de résister à une religion dangereuse telle que l’Islam.
Face à la réalité de fausses religions dangereuses les mots de « droits de l’Homme » de « dignité » et de « transcendance » ne constituent au mieux que des slogans inutiles et au pire un cheval de Troie mortelle pour la civilisation chrétienne – ou ce qu’il en reste. Le discours au vocabulaire maçonnique du pape François aurait pu être « catholicisé » par cette exigence rappelée par Pie XII et que Pie VI exprimait en ces termes :
« Là où la religion est bannie de la société civile, et la doctrine et l’autorité de la révélation divine rejetées, la vraie notion de la justice et du droit humain s’osbscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit », Pie IX, Lettre Encyclique Quanta Cura, Rome 8 décembre 1864
Mais voilà, le pape François a parlé des droits de l’Homme, mais jamais des droits de Dieu, tombant dans l’illusion décrite parfaitement par Jean Ousset :
« Or, le nombre est trop grand de ceux qui oublient, aujourd’hui, que l’Eglise est d’abord ordonnée à la plus grande gloire de notre Seigneur Jésus-Christ. De là viennent les déceptions de ceux qui tendraient à en faire, avant tout, un office international de défense des droits de l’homme ou de lutte contre l’injustice sociale. » Jean Ousset, Pour qu’Il règne.
Xavier Celtillos
 
 
Discours du Saint-Père prononcé devant le Parlement européen le 25 novembre 2014.
 
" Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Vice-présidents,
Honorables Députés Européens,
Mesdames et messieurs qui travaillez à des titres divers dans cet hémicycle,
Chers amis,
 Je vous remercie pour l’invitation à prendre la parole devant cette institution fondamentale de la vie de l’Union Européenne, et pour l’opportunité qui m’est offerte de m’adresser, à travers vous, à plus de cinq cents millions de citoyens des 28 pays membres que vous représentez. Je désire exprimer une gratitude particulière à vous, Monsieur le Président du Parlement, pour les paroles cordiales de bienvenue que vous m’avez adressées, au nom de tous les membres de l’Assemblée.
Ma visite a lieu plus d’un quart de siècle après celle accomplie par le Pape Jean Paul II. Beaucoup de choses ont changé depuis lors, en Europe et dans le monde entier. Les blocs opposés qui divisaient alors le continent en deux n’existent plus, et le désir que « l’Europe, se donnant souverainement des institutions libres, puisse un jour se déployer aux dimensions que lui ont données la géographie et plus encore l’histoire », se réalise lentement.
A côté d’une Union Européenne plus grande, il y a aussi un monde plus complexe, et ce monde est en pleine évolution. Un monde toujours plus interconnecté et globalisé, et donc de moins en moins « eurocentrique ». A une Union plus étendue, plus influente, semble cependant s’adjoindre l’image d’une Europe un peu vieillie et comprimée, qui tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion.
En m’adressant à vous aujourd’hui, à partir de ma vocation de pasteur, je désire adresser à tous les citoyens européens un message d’espérance et d’encouragement.
Un message d’espérance fondé sur la confiance que les difficultés peuvent devenir des promotrices puissantes d’unité, pour vaincre toutes les peurs que l’Europe – avec le monde entier – est en train de traverser. L’espérance dans le Seigneur qui transforme le mal en bien, et la mort en vie.
Encouragement pour revenir à la ferme conviction des Pères fondateurs de l’Union Européenne, qui ont souhaité un avenir fondé sur la capacité de travailler ensemble afin de dépasser les divisions, et favoriser la paix et la communion entre tous les peuples du continent. Au centre de cet ambitieux projet politique il y avait la confiance en l’homme, non pas tant comme citoyen, ni comme sujet économique, mais en l’homme comme personne dotée d’une dignité transcendante.
Je tiens avant tout à souligner le lien étroit qui existe entre ces deux mots : « dignité » et « transcendante ».
La « dignité » est la parole-clé qui a caractérisé la reprise du second après guerre. Notre histoire récente se caractérise par l’indubitable centralité de la promotion de la dignité humaine contre les violences multiples et les discriminations qui, même en Europe, n’ont pas manqué dans le cours des siècles. La perception de l’importance des droits humains naît justement comme aboutissement d’un long chemin, fait de multiples souffrances et sacrifices, qui a contribué à former la conscience du caractère précieux, de l’unicité qu’on ne peut répéter de toute personne humaine individuelle. Cette conscience culturelle trouve son fondement, non seulement dans les évènements de l’histoire, mais surtout dans la pensée européenne, caractérisée par une riche rencontre, dont les nombreuses sources lointaines proviennent « de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves, et du christianisme qui l’a profondément pétrie», donnant lieu justement au concept de « personne ».
Aujourd’hui, la promotion des droits humains joue un rôle central dans l’engagement de l’Union Européenne, en vue de favoriser la dignité de la personne, en son sein comme dans ses rapports avec les autres pays. Il s’agit d’un engagement important et admirable, puisque trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, le formatage et l’utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu’ils deviennent faibles, malades ou vieux.
Quelle dignité existe vraiment, quand manque la possibilité d’exprimer librement sa pensée ou de professer sans contrainte sa foi religieuse ? Quelle dignité est possible, sans un cadre juridique clair, qui limite le domaine de la force et qui fasse prévaloir la loi sur la tyrannie du pouvoir ? Quelle dignité peut jamais avoir un homme ou une femme qui fait l’objet de toute sorte de discriminations ? Quelle dignité pourra jamais avoir une personne qui n’a pas de nourriture ou le minimum nécessaire pour vivre et, pire encore, de travail qui l’oint de dignité ?
Promouvoir la dignité de la personne signifie reconnaître qu’elle possède des droits inaliénables dont elle ne peut être privée au gré de certains, et encore moins au bénéfice d’intérêts économiques.
Mais il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des équivoques qui peuvent naître d’un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd’hui la tendance à une revendication toujours plus grande des droits individuels, qui cache une conception de la personne humaine détachée de tout contexte social et anthropologique, presque comme une « monade » (μονάς), toujours plus insensible aux autres « monades » présentes autour de soi. Au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même.
Par conséquent je considère qu’il est plus que jamais vital d’approfondir aujourd’hui une culture des droits humains qui puisse sagement relier la dimension individuelle, ou mieux, personnelle, à celle de bien commun, de ce « nous-tous » formé d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui s’unissent en communauté sociale. En effet, si le droit de chacun n’est pas harmonieusement ordonné au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par conséquent, devenir source de conflits et de violences.
Parler de la dignité transcendante de l’homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé ; cela signifie surtout de regarder l’homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel. Une des maladies que je vois la plus répandue aujourd’hui en Europe est la solitude, précisément de celui qui est privé de liens. On la voit particulièrement chez les personnes âgées, souvent abandonnées à leur destin, comme aussi chez les jeunes privés de points de référence et d’opportunités pour l’avenir ; on la voit chez les nombreux pauvres qui peuplent nos villes ; on la voit dans le regard perdu des migrants qui sont venus ici en recherche d’un avenir meilleur.
Cette solitude a été ensuite accentuée par la crise économique, dont les effets perdurent encore, avec des conséquences dramatiques du point de vue social. On peut constater qu’au cours des dernières années, à côté du processus d’élargissement de l’Union Européenne, s’est accrue la méfiance des citoyens vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples particuliers, sinon complètement nuisibles. D’un peu partout on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions.
A cela s’ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres. On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d’une authentique orientation anthropologique. L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître.
C’est une grande méprise qui advient « quand l’absolutisation de la technique prévaut», ce qui finit par produire « une confusion entre la fin et moyens ». Résultat inévitable de la « culture du déchet » et de la « mentalité de consommation exagérée ». Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement et qui ne peut, pour cette raison, être objet d’échange ou de commerce. Dans votre vocation de parlementaires, vous êtes aussi appelés à une grande mission, bien qu’elle puisse sembler inutile : prendre soin de la fragilité des peuples et des personnes. Prendre soin de la fragilité veut dire force et tendresse, lutte et fécondité, au milieu d’un modèle fonctionnaliste et privatisé qui conduit inexorablement à la « culture du déchet ». Prendre soin de la fragilité de la personne et des peuples signifie garder la mémoire et l’espérance ; signifie prendre en charge la personne présente dans sa situation la plus marginale et angoissante et être capable de l’oindre de dignité.
Comment donc redonner espérance en l’avenir, de sorte que, à partir des jeunes générations, on retrouve la confiance afin de poursuivre le grand idéal d’une Europe unie et en paix, créative et entreprenante, respectueuse des droits et consciente de ses devoirs ?
Pour répondre à cette question, permettez-moi de recourir à une image. Une des fresques les plus célèbres de Raphaël qui se trouvent au Vatican représente la dite École d’Athènes. Au centre se trouvent Platon et Aristote. Le premier a le doigt qui pointe vers le haut, vers le monde des idées, nous pourrions dire vers le ciel ; le second tend la main en avant, vers celui qui regarde, vers la terre, la réalité concrète. Cela me parait être une image qui décrit bien l’Europe et son histoire, faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre, où le ciel indique l’ouverture à la transcendance, à Dieu, qui a depuis toujours caractérisé l’homme européen, et la terre qui représente sa capacité pratique et concrète à affronter les situations et les problèmes.
L’avenir de l’Europe dépend de la redécouverte du lien vital et inséparable entre ces deux éléments. Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme, ainsi que cet « esprit humaniste » qu’elle aime et défend cependant.
Précisément à partir de la nécessité d’une ouverture au transcendant, je veux affirmer la centralité de la personne humaine, qui se trouve autrement à la merci des modes et des pouvoirs du moment. En ce sens j’estime fondamental, non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu’il veut donner, aujourd’hui et dans l’avenir, à sa croissance. Cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des États ni pour l’indépendance des institutions de l’Union, mais au contraire un enrichissement. Les idéaux qui l’ont formée dès l’origine le montrent bien: la paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne.
Je désire donc renouveler la disponibilité du Saint Siège et de l’Église catholique – à travers la Commission des Conférences Épiscopales Européennes (COMECE) – pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l’Union Européenne. De même, je suis convaincu qu’une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d’aujourd’hui, et aussi contre le grand vide d’idées auquel nous assistons en Occident, parce que « c’est l’oubli de Dieu, et non pas sa glorification, qui engendre la violence ».
Nous ne pouvons pas ici ne pas rappeler les nombreuses injustices et persécutions qui frappent quotidiennement les minorités religieuses, en particulier chrétiennes, en divers endroits du monde. Des communautés et des personnes sont l’objet de violences barbares : chassées de leurs maisons et de leurs patries ; vendues comme esclaves ; tuées, décapitées, crucifiées et brulées vives, sous le silence honteux et complice de beaucoup.
La devise de l’Union Européenne est Unité dans la diversité, mais l’unité ne signifie pas uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée. En réalité, toute unité authentique vit de la richesse des diversités qui la composent : comme une famille qui est d’autant plus unie que chacun des siens peut être, sans crainte, davantage soi-même. Dans ce sens, j’estime que l’Europe est une famille des peuples, lesquels pourront sentir les institutions de l’Union proches dans la mesure où elles sauront sagement conjuguer l’idéal de l’unité à laquelle on aspire, à la diversité propre de chacun, valorisant les traditions particulières, prenant conscience de son histoire et de ses racines, se libérant de nombreuses manipulations et phobies. Mettre au centre la personne humaine signifie avant tout faire en sorte qu’elle exprime librement son visage et sa créativité, au niveau des individus comme au niveau des peuples.
D’autre part, les particularités de chacun constituent une richesse authentique dans la mesure où elles sont mises au service de tous. Il faut toujours se souvenir de l’architecture propre de l’Union Européenne, basée sur les principes de solidarité et de subsidiarité, de sorte que l’aide mutuelle prévale, et que l’on puisse marcher dans la confiance réciproque.
Dans cette dynamique d’unité-particularité, se pose à vous, Mesdames et Messieurs les Eurodéputés, l’exigence de maintenir vivante la démocratie des peuples d’Europe. Il est connu qu’une conception uniformisante de la mondialité touche la vitalité du système démocratique, affaiblissant le débat riche, fécond et constructif des organisations et des partis politiques entre eux.
On court ainsi le risque de vivre dans le règne de l’idée, de la seule parole, de l’image, du sophisme… et de finir par confondre la réalité de la démocratie avec un nouveau nominalisme politique. Maintenir vivante la démocratie en Europe demande d’éviter les « manières globalisantes » de diluer la réalité : les purismes angéliques, les totalitarismes du relativisme, les fondamentalismes anhistoriques, les éthiques sans bonté, les intellectualismes sans sagesse.
Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi de ce moment historique, en évitant que leur force réelle – force politique expressive des peuples – soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels, qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus. C’est un défi qu’aujourd’hui l’histoire vous lance.
Donner espérance à l’Europe ne signifie pas seulement reconnaître la centralité de la personne humaine, mais implique aussi d’en favoriser les capacités. Il s’agit donc d’y investir ainsi que dans les domaines où ses talents se forment et portent du fruit. Le premier domaine est surement celui de l’éducation, à partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société. La famille unie, féconde et indissoluble porte avec elle les éléments fondamentaux  pour donner espérance à l’avenir. Sans cette solidité, on finit par construire sur le sable, avec de graves conséquences sociales. D’autre part, souligner l’importance de la famille non seulement aide à donner des perspectives et l’espérance aux nouvelles générations, mais aussi aux nombreuses personnes âgées, souvent contraintes à vivre dans des conditions de solitude et d’abandon parce qu’il n’y a plus la chaleur d’un foyer familial en mesure de les accompagner et de les soutenir.
A côté de la famille, il y a les institutions éducatives : écoles et universités. L’éducation ne peut se limiter à fournir un ensemble de connaissances techniques, mais elle doit favoriser le processus plus complexe de croissance de la personne humaine dans sa totalité. Les jeunes d’aujourd’hui demandent à pouvoir avoir une formation adéquate et complète pour regarder l’avenir avec espérance, plutôt qu’avec désillusion. Ensuite, les potentialités créatives de l’Europe dans divers domaines de la recherche scientifique, dont certains ne sont pas encore complètement explorés, sont nombreuses. Il suffit de penser par exemple aux sources alternatives d’énergie, dont le développement servirait beaucoup à la protection de l’environnement.
L’Europe a toujours été en première ligne dans un louable engagement en faveur de l’écologie. Notre terre a en effet besoin de soins continus et d’attentions ; chacun a une responsabilité personnelle dans la protection de la création, don précieux que Dieu a mis entre les mains des hommes. Cela signifie, d’une part, que la nature est à notre disposition, que nous pouvons en jouir et en faire un bon usage ; mais, d’autre part, cela signifie que nous n’en sommes pas les propriétaires. Gardiens, mais non propriétaires. Par conséquent, nous devons l’aimer et la respecter, tandis qu’« au contraire, nous sommes souvent guidés par l’orgueil de dominer, de posséder, de manipuler, d’exploiter; nous ne la “gardons” pas, nous ne la respectons pas, nous ne la considérons pas comme un don gratuit dont il faut prendre soin». Respecter l’environnement signifie cependant non seulement se limiter à éviter de le défigurer, mais aussi l’utiliser pour le bien. Je pense surtout au secteur agricole, appelé à donner soutien et nourriture à l’homme. On ne peut tolérer que des millions de personnes dans le monde meurent de faim, tandis que des tonnes de denrées alimentaires sont jetées chaque jour de nos tables. En outre, respecter la nature, nous rappelle que l’homme lui-même en est une partie fondamentale. À côté d’une écologie environnementale, il faut donc une écologie humaine, faite du respect de la personne, que j’ai voulu rappeler aujourd’hui en m’adressant à vous.
Le deuxième domaine dans lequel fleurissent les talents de la personne humaine, c’est le travail. Il est temps de favoriser les politiques de l’emploi, mais il est surtout nécessaire de redonner la dignité au travail, en garantissant aussi d’adéquates conditions pour sa réalisation. Cela implique, d’une part, de repérer de nouvelles manières de conjuguer la flexibilité du marché avec les nécessités de stabilité et de certitude des perspectives d’emploi, indispensables pour le développement humain des travailleurs ; d’autre part, cela signifie favoriser un contexte social adéquat, qui ne vise pas l’exploitation des personnes, mais à garantir, à travers le travail, la possibilité de construire une famille et d’éduquer les enfants.
De même, il est nécessaire d’affronter ensemble la question migratoire. On ne peut tolérer que la Mer Méditerranée devienne un grand cimetière ! Dans les barques qui arrivent quotidiennement sur les côtes européennes, il y a des hommes et des femmes qui ont besoin d’accueil et d’aide. L’absence d’un soutien réciproque au sein de l’Union Européenne risque d’encourager des solutions particularistes aux problèmes, qui ne tiennent pas compte de la dignité humaine des immigrés, favorisant le travail d’esclave et des tensions sociales continuelles. L’Europe sera en mesure de faire face aux problématiques liées à l’immigration si elle sait proposer avec clarté sa propre identité culturelle et mettre en acte des législations adéquates qui sachent en même temps protéger les droits des citoyens européens et garantir l’accueil des migrants ; si elle sait adopter des politiques justes, courageuses et concrètes qui aident leurs pays d’origine dans le développement sociopolitique et dans la résolution des conflits internes – cause principale de ce phénomène – au lieu des politiques d’intérêt qui accroissent et alimentent ces conflits. Il est nécessaire d’agir sur les causes et non seulement sur les effets.
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs les Députés,
La conscience de sa propre identité est nécessaire aussi pour dialoguer de manière prospective avec les États qui ont demandé d’entrer pour faire partie de l’Union Européenne à l’avenir. Je pense surtout à ceux de l’aire balkanique pour lesquels l’entrée dans l’Union Européenne pourra répondre à l’idéal de paix dans une région qui a grandement souffert des conflits dans le passé. Enfin, la conscience de sa propre identité est indispensable dans les rapports avec les autres pays voisins, particulièrement avec ceux qui bordent la Méditerranée, dont beaucoup souffrent à cause de conflits internes et de la pression du fondamentalisme religieux ainsi que du terrorisme international.
À vous Mesdames et messieurs les législateurs, revient le devoir de protéger et de faire grandir l’identité européenne, afin que les citoyens retrouvent confiance dans les institutions de l’Union et dans le projet de paix et d’amitié qui en est le fondement. Sachant que « plus grandit le pouvoir de l’homme plus s’élargit le champ de ses responsabilités, personnelles et communautaires ». Je vous exhorte donc à travailler pour que l’Europe redécouvre sa bonne âme.
Un auteur anonyme du IIème siècle a écrit que « les chrétiens représentent dans le monde ce qu’est l’âme dans le corps » . Le rôle de l’âme est de soutenir le corps, d’en être la conscience et la mémoire historique. Et une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme. Une histoire non exempte de conflits et d’erreurs, de pêchés même, mais toujours animée par le désir de construire pour le bien. Nous le voyons dans la beauté de nos villes, et plus encore dans celle des multiples œuvres de charité et d’édification commune qui parsèment le continent. Cette histoire, reste encore en grande partie, est encore à écrire. Elle est notre présent et aussi notre avenir. Elle est notre identité. Et l’Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir, selon l’esprit de ses Pères fondateurs, dans la paix et dans la concorde, puisqu’elle-même n’est pas encore à l’abri de conflits.
Chers Mesdames et Messieurs les Eurodéputés, l’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables ; l’Europe qui embrasse avec courage son passé et regarde avec confiance son avenir pour vivre pleinement et avec espérance son présent. Le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même, pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste, porteuse de science, d’art, de musique, de valeurs humaines et aussi de foi. L’Europe qui contemple le ciel et poursuit des idéaux ; l’Europe qui regarde, défend et protège l’homme ; l’Europe qui chemine sur la terre sûre et solide, précieux point de référence pour toute l’humanité !"
 

Analyse détaillée de l’ intervention du pape François devant le Parlement du Conseil de l’Europe à Strasbourg .

 
Le pape François devant le parlement du Conseil de l’Europe n’a pas prononcé une seule fois le nom du Christ.
Il y a quelques rares références à Dieu (quatre), les lois anti-chrétiennes des LGBT ne sont pas évoquées, il a souhaité pour l’Europe « L’espérance dans le Seigneur qui transforme le mal en bien, et la mort en vie. » Evocation très vague de ce Seigneur…
Aucun lien n’a été fait entre la déchristianisation de l’Europe, sa christianophobie  et  l’islamisation de l’Europe. S’il a fait des allusions au fanatisme religieux (lequel?) à l’étranger, il n’a pas évoqué sa contamination chez nous, au contraire il a appelé de façon incohérente à accueillir les immigrés, dont nous savons que la plupart sont musulmans. Pas un mot pour les catholiques, et pas une seule référence au Christ. Mais par contre un appel, une adhésion implicite,  à une constitution fédérale de l’Europe!
Les rares  références de son discours vont aux papes conciliaires avec une allusion à la lettre à Diognète pour évoquer les racines religieuses de l’Europe. Un discours très progressiste mais qui de toute façon ne satisfera pas les mondialistes qui concourent actuellement aux destinées de l’Europe puisque ceux-ci ne seront satisfaits que lorsque la religion catholique se sera complètement noyée dans une religion mondiale, parfaitement soumise à sa culture de mort.
 
 
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Les Droits de l’Homme sans Dieu
 
Ce discours est un hymne à l’homme centre de tout et aux « Droits de l’homme ». Les Droits de l’homme qui ont servi à l’inauguration de la Révolution française, et qui depuis cette date n’ont plus cessé d’être condamnés par tous les papes jusqu’au Concile Vatican II. En effet, ce sont les « Droits de l’homme » qui ont mis l’homme au centre du monde à la place de Dieu, selon les principes maçonniques. Il est symptomatique que l’entrée en matière du pape dans ce discours leur soit un hommage appuyé:
Notre histoire récente se caractérise par l’indubitable centralité de la promotion de la dignité humaine contre les violences multiples et les discriminations qui, même en Europe, n’ont pas manqué dans le cours des siècles. La perception de l’importance des droits humains naît justement comme aboutissement d’un long chemin, (…), qui a contribué à former la conscience (…). Cette conscience culturelle trouve son fondement, non seulement dans les évènements de l’histoire, mais surtout dans la pensée européenne, caractérisée par une riche rencontre, dont les nombreuses sources lointaines proviennent « de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves, et du christianisme qui l’a profondément pétrie»[2], donnant lieu justement au concept de « personne ».
Comme si les Droits de l’homme étaient l’aboutissement des rencontres de toutes les influences qui sont au fondement de la culture (il ne parle pas de civilisation) de l’ Europe: influences grecque, romaine, celte, germanique et slave, lesquelles ont été pétries par le christianisme. Sur ce chemin le christianisme, si on continue de suivre la logique de François, est l’un des maillons, le dernier peut-être, avant l’aboutissement du parcours que sont les Droits de l’homme. Curieux tout-de-même pour le vicaire du Christ sur terre chargé de transmettre l’Évangile!
 
La loi naturelle
 
Faute de s’attaquer aux graves problèmes moraux du mariage homosexuel et de l’enseignement du genre qui fait d’énormes ravages et constituent de graves offenses contre l’ordre naturel « que Dieu a imprimé dans l’univers créé », [pour reprendre la terminologie conciliaire] à propos de « la dignité transcendante de l’homme », les Droits de l’homme l’ont amené à introduire  une plaidoirie contre l’avortement et l’euthanasie.
Deux luttes importantes, certes, deux causes qui ne seront jamais assez plaidées, mais qui reviennent à être les causes-plancher de la défense de la dignité humaine, sans que pourtant il n’ait expliqué que cette dignité de l’homme vient de Dieu seul et du seul Dieu révélé par le Dieu fait homme.
 
Les racines de l’Europe et la liberté religieuse
 
D’ailleurs, à quel Dieu se réfère-t-il ? On ne le sait pas précisément et dans son discours un autre dieu d’une autre fausse religion pourrait encore venir compléter le panthéon des religions fondatrices de l’Europe, pourquoi pas ? Puisqu’il plaide pour une défense de la liberté de penser, de la liberté de toutes les religions et non pas de la liberté de la vérité, de la liberté pour que la vraie religion éclate. Toutes les religions étant mises sur un pied d’égalité:
« Quelle dignité existe vraiment, quand manque la possibilité d’exprimer librement sa pensée ou de professer sans contrainte sa foi religieuse ? Quelle dignité est possible, sans un cadre juridique clair, qui limite le domaine de la force et qui fasse prévaloir la loi sur la tyrannie du pouvoir ? Quelle dignité peut jamais avoir un homme ou une femme qui fait l’objet de toute sorte de discriminations ? Quelle dignité pourra jamais avoir une personne qui n’a pas de nourriture ou le minimum nécessaire pour vivre et, pire encore, de travail qui l’oint de dignité ? »
La liberté de professer sa religion fait clairement partie des Droits de l’Homme, cette charte maçonnique qui semble avoir remplacé dans son discours les Dix commandements et l’Évangile.
Les devoirs de l’homme et les droits de Dieu
Certes ces Droits doivent être contrebalancés par des devoirs, dit-il, rejoignant sur ce point les pères fondateurs des Droits de l’Homme qui les avaient intitulé en 1795 « Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du citoyen »:
Au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même.
Mais que fait le vicaire du Christ des droits de Dieu qui pourtant sont nécessaires et suffisants pour établir les seuls vrais droits de l’homme ? Mais si les Droits de l’Homme sont parfaitement cohérents avec le texte  « Dignitatis Humanae » du concile Vatican II, comment pourraient-ils l’être avec les droits inaliénables de Dieu ? « Dignitatis Humanae« , est le grand texte fondateur de la liberté religieuse de Vatican II, qui a abouti concrètement pour l’Eglise à demander aux États qui étaient encore officiellement catholiques de  modifier leur constitution pour que toutes les religions soient à égalité et qu’ainsi ces pays perdent leur identité catholique. Depuis, plus aucun pays n’est officiellement catholique, les Droits de l’Homme ayant, en quelque sorte, « soumis » l’Évangile.
 
« Un bien plus grand »
 
Plutôt que de parler de Notre Seigneur Jésus-Christ le pape a préféré se référer à un « bien plus grand »,   » cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé » (…) cela signifie surtout de regarder l’homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel »:
« En effet, si le droit de chacun n’est pas harmonieusement ordonné au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par conséquent, devenir source de conflits et de violences. »
Parler de la dignité transcendante de l’homme signifie donc faire appel à sa nature, à sa capacité innée de distinguer le bien du mal, à cette « boussole » inscrite dans nos cœurs et que Dieu a imprimée dans l’univers créé[4] ; cela signifie surtout de regarder l’homme non pas comme un absolu, mais comme un être relationnel.
Malheureusement cet être relationnel qu’est l’homme ne semble pas être, ici, en relation avec Dieu, mais plutôt coupé de son Créateur depuis la Création. « la boussole du bien et du mal », est innée ainsi que François l’avait déclaré déjà dans son interview à Scalfari. Alors à quoi bon les enseignements du Christ, qui paraissent donc superflus ? .. Et il enchaine très vite par la solitude, solitude des vieux et des migrants:
D’un peu partout on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions.
Pourquoi cet individualisme et ce vieillissement de l’Europe ?
C’est une grande méprise qui advient « quand l’absolutisation de la technique prévaut»[6], ce qui finit par produire « une confusion entre la fin et moyens »[7]. Résultat inévitable de la « culture du déchet » et de la « mentalité de consommation exagérée ». Au contraire, affirmer la dignité de la personne c’est reconnaître le caractère précieux de la vie humaine, qui nous est donnée gratuitement (…)
Le don de la vie
 
La vie donnée gratuitement, par le hasard ou par Dieu? aucune précision, pourtant capitale. Et si le lien entre la vie et Jésus-Christ n’est pas fait, de quelle vie est-il question ? « Je suis la vie » nous dit le Christ. Comment plaider pour la vie sans référence à la Vie-même ?
(…) l’Europe et son histoire, faite de la rencontre continuelle entre le ciel et la terre, où le ciel indique l’ouverture à la transcendance, à Dieu, qui a depuis toujours caractérisé l’homme européen, et la terre qui représente sa capacité pratique et concrète à affronter les situations et les problèmes.
L’avenir de l’Europe dépend de la redécouverte du lien vital et inséparable entre ces deux éléments. Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme, ainsi que cet « esprit humaniste » qu’elle aime et défend cependant.
Christianisme et laïcité
 
Après ce plaidoyer pour la base élémentaire de la culture de vie face à la culture de mort, on s’attend à ce que le pape franchisse enfin l’obstacle pour rappeler que le Christ seul est la vie. Et qu’en suivant le Christ nul ne risque de s’éloigner de la vie, ni de la perdre. Mais il préfère parler du patrimoine du christianisme, mais un christianisme soumis au diktats de la laïcité:
j’estime fondamental, non seulement le patrimoine que le christianisme a laissé dans le passé pour la formation socioculturelle du continent, mais surtout la contribution qu’il veut donner, aujourd’hui et dans l’avenir, à sa croissance. Cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des États ni pour l’indépendance des institutions de l’Union, mais au contraire un enrichissement. Les idéaux qui l’ont formée dès l’origine le montrent bien: la paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne.
Je désire donc renouveler la disponibilité du Saint Siège et de l’Église catholique – à travers la Commission des Conférences Épiscopales Européennes (COMECE) – pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l’Union Européenne. De même, je suis convaincu qu’une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d’aujourd’hui, et aussi contre le grand vide d’idées auquel nous assistons en Occident, parce que « c’est l’oubli de Dieu, et non pas sa glorification, qui engendre la violence »[réf au discours de Benoît XVI au corps diplomatique. ndlr].
Un Dieu générique encore…
La christianophobie
 
Faute d’en venir à parler de Celui qui est la vie, au moins va-t-il plaider contre la christianophobie répandue par les institutions de l’Union Européennes, différentes de celles du Conseil de l’Europe à la tribune duquel il s’exprime ? 
Nous ne pouvons pas ici ne pas rappeler les nombreuses injustices et persécutions qui frappent quotidiennement les minorités religieuses, en particulier chrétiennes, en divers endroits du monde. Des communautés et des personnes sont l’objet de violences barbares : chassées de leurs maisons et de leurs patries ; vendues comme esclaves ; tuées, décapitées, crucifiées et brulées vives, sous le silence honteux et complice de beaucoup.
Mais c’est peine perdue, pour François, la christianophobie n’est pas en Europe, ce temple, par définition, de la liberté religieuse:
La devise de l’Union Européenne est Unité dans la diversité, mais l’unité ne signifie pas uniformité politique, économique, culturelle ou de pensée. En réalité, toute unité authentique vit de la richesse des diversités qui la composent : comme une famille qui est d’autant plus unie que chacun des siens peut être, sans crainte, davantage soi-même. Dans ce sens, j’estime que l’Europe est une famille des peuples, lesquels pourront sentir les institutions de l’Union proches dans la mesure où elles sauront sagement conjuguer l’idéal de l’unité à laquelle on aspire, à la diversité propre de chacun, valorisant les traditions particulières, prenant conscience de son histoire et de ses racines, se libérant de nombreuses manipulations et phobies. Mettre au centre la personne humaine signifie avant tout faire en sorte qu’elle exprime librement son visage et sa créativité, au niveau des individus comme au niveau des peuples.
Ce long développement sur les racines de l’Europe constitue sans doute les paroles les plus fortes de ce discours, bien pauvres en vérité pour le chef terrestre de l’Eglise, représentant de Jésus-Christ. Mais si c’est la personne humaine qui est au centre de ses propos et non pas Dieu, Dieu révélé par l’Évangile seul, comment pourrait-il en être autrement ? Il est impossible de concilier des contraires!
Et de plaider pour la démocratie…
Dans cette dynamique d’unité-particularité, se pose à vous, Mesdames et Messieurs les Eurodéputés, l’exigence de maintenir vivante la démocratie des peuples d’Europe.
La famille
 
Vient alors, (enfin!) l’évocation de la famille, de l’éducation et de l’école. Le pape va-t-il en venir aux questions cruciales ? Mais non, rien que de très vague, des paroles que chacun peut interpréter à sa façon. Quand on sait que le pape a été le promoteur des scandales qui ont émaillé le synode sur la Famille, il ne faut pas s’en étonner:
 Le premier domaine est surement celui de l’éducation, à partir de la famille, cellule fondamentale et élément précieux de toute société. (applaudissements) La famille unie, féconde et indissoluble porte avec elle les éléments fondamentaux  pour donner espérance à l’avenir. Sans cette solidité, on finit par construire sur le sable, avec de graves conséquences sociales. D’autre part, souligner l’importance de la famille non seulement aide à donner des perspectives et l’espérance aux nouvelles générations, mais aussi aux nombreuses personnes âgées, souvent contraintes à vivre dans des conditions de solitude et d’abandon parce qu’il n’y a plus la chaleur d’un foyer familial en mesure de les accompagner et de les soutenir.
Et c’est tout! Bien sûr, après la famille, il a fallu sacrifier l’encens à la déesse terre. L’écologie faisant désormais partie des fondamentaux de l’enseignements de l’Eglise:
respecter la nature, nous rappelle que l’homme lui-même en est une partie fondamentale. À côté d’une écologie environnementale, il faut donc une écologie humaine, faite du respect de la personne, que j’ai voulu rappeler aujourd’hui en m’adressant à vous.
L’immigration
 
Et vient alors la question chère à ce nouveau pape, la question migratoire qui, certes est un gros problème pour les chrétiens et plus particulièrement pour les catholiques d’Europe, livrés sans filet à une religion qui a fait les preuves de sa barbarie jusqu’au sein de nos campagnes comme se plaisent à le souligner nos autorités nationales françaises. Cette France d’où François s’exprime. Mais peine perdue, la commisération du pape ne s’adresse qu’aux immigrés. Comme si le problème n’était pas plutôt ces vastes mouvements migratoires dont les guerres sont les causes réelles. Ne serait-ce pas à la source qu’il faudrait porter remède en cessant d’activer les antagonismes et les conflits ? L’Europe ne fait-elle pas partie de la coalition arabo-occidentale qui participe au conflit du proche-Orient ? soulevant les haines contre le pouvoir légitime de la Syrie ? Ce foyer de guerres multiples, source des mouvements migratoires vers l’Europe ? Non, exit le problème de fond:
Enfin, la conscience de sa propre identité est indispensable dans les rapports avec les autres pays voisins, particulièrement avec ceux qui bordent la Méditerranée , dont beaucoup souffrent à cause de conflits internes et de la pression du fondamentalisme religieux ainsi que du terrorisme international.
Arrive la conclusion de ce long discours et la fameuse référence à la lettre de Diognète, qui a pour but, certes louable, de rappeler  l’antiquité de la chrétienté en Europe:
Un auteur anonyme du IIème siècle a écrit que « les chrétiens représentent dans le monde ce qu’est l’âme dans le corps » [13]. Le rôle de l’âme est de soutenir le corps, d’en être la conscience et la mémoire historique. Et une histoire bimillénaire lie l’Europe et le christianisme. Une histoire non exempte de conflits et d’erreurs et de péchés, mais toujours animée par le désir de construire pour le bien. Nous le voyons dans la beauté de nos villes, et plus encore dans celle des multiples œuvres de charité et d’édification commune qui parsèment le continent. Cette histoire, en grande partie, est encore à écrire. Elle est notre présent et aussi notre avenir. Elle est notre identité.
Les pères fondateurs
 
C’est alors que le pape va sans doute en profiter pour se référer aux Pères de l’Eglise ? Mais non! C’est aux pères fondateurs de l’Union européenne qu’il en vient, ceux-là mêmes qui furent cornaqués par la CIA:
Et l’Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir, selon l’esprit de ses Pères fondateurs, dans la paix et dans la concorde, puisqu’elle-même n’est pas encore à l’abri de conflits.
Emilie Defresne
 

Islamisme : C'est une guerre de religion, mais le pape se tait ou balbutie ...

 
 
 
 
Face à l'offensive de l'islamisme radical, la thèse du pape François est qu'"il faut caresser les conflits". Et oublier Ratisbonne. Ce qui est gravement préjudiciable même pour les courants réformistes de l'islam .
 
 
ROME, le 21 novembre 2014 – Dans quelques jours, le pape François va se rendre en Turquie, c'est-à-dire dans une région où a lieu cette nouvelle guerre mondiale "en morceaux" qu’il voit se répandre dans le monde.
Le califat islamique qui s’est installé tout près de la frontière turque, à cheval sur la Syrie et l'Irak, pulvérise les vieilles frontières géographiques. Il est mondial par nature. "La marche triomphale des moudjahidines arrivera jusqu’à Rome", a proclamé, à la mi-novembre, Abou Bakr al-Baghdadi, le calife.
 
En Égypte, en Arabie Saoudite, au Yémen, en Algérie et en Libye, pays qui est juste en face des côtes italiennes, des éléments islamiques lui ont fait allégeance. Par son activité dans deux pays voisins, le Nigeria et le Cameroun, Boko Haram a étendu le califat jusqu’à l'Afrique subsaharienne. Et le califat attire de nouveaux adeptes accourus d'Europe et d’Amérique du Nord.
Sur le drapeau noir de cet État islamique nouveau né, on peut lire, écrite en caractères coufiques, la profession de foi : "Il n’existe pas d’autre Dieu qu’Allah et Mahomet est son prophète" (1).
 
Les chrétiens figurent parmi les nombreuses victimes de cet islam puritain, qui se définit comme le seul vrai et qui veut également faire disparaître ce qu’il considère comme les principales trahisons par rapport à l'islam des origines : l'hérésie chiite, dont l’épicentre est l’Iran, et le modernisme laïcisant de la Turquie de Kemal Atatürk, personnage dont le pape François visitera le mausolée au début de son voyage dans ce pays.
 
À Racca - la ville de Syrie qui est la capitale de fait du califat et d’où le jésuite Paolo Dall'Oglio a disparu - le nouvel État islamique a imposé au très petit nombre de familles chrétiennes qui ont survécu, 15 contre 1 500 précédemment, la jizya, l’impôt de protection, à hauteur de 535 dollars par an, un montant disproportionné, sous peine de confiscation de leurs maisons et de leurs biens.
 
A Mossoul il n’y a plus une seule église où la messe soit encore célébrée, ce qui n’était même pas arrivé après l'invasion des Mongols.
 
Il est impossible de ne pas discerner, dans ces faits, les caractéristiques d’une "guerre de religion" poussée à l’extrême, une guerre faite au nom d’Allah. Il est illusoire de nier l’origine islamique de cette violence théologique sans bornes. Même la "Civiltà Cattolica", revue qui fait l’objet d’un contrôle, l’a écrit, quitte à être ensuite contredite par son tremblant directeur Antonio Spadaro, un jésuite qui prétend être l’interprète de François.
 
À propos de l'islam, l’Église catholique balbutie et cela est d’autant plus vrai que l’on monte plus haut dans la hiérarchie !
 
Les évêques des diocèses du Moyen Orient demandent au monde une protection armée efficace, mais celle-ci n’arrive jamais. À Rome, le cardinal Jean-Louis Tauran publie une dénonciation tout à fait circonstanciée des atrocités commises par le califat et il déclare qu’il n’y a plus aucune possibilité de dialogue avec ceux des musulmans qui ne détruisent pas la violence à la racine.
Mais lorsque le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’état, prend la parole à la tribune de l'ONU, à New-York, comme il l’a fait le 29 septembre, il évite soigneusement d’employer les mots tabous "islam" et "musulmans" et il paie le tribut obligatoire au mantra qui nie l'existence de ce conflit de civilisations qui a lieu sous les yeux de tous.
Certes, Parolin élève une protestation contre l’"irresponsable apathie" dont le Palais de Verre a fait preuve. Mais c’est précisément à l'ONU que François demande la seule décision légitime concernant n’importe quelle intervention armée sur le théâtre moyen-oriental.

Le pape Jorge Mario Bergoglio a rendu aux diplomates de la curie ce rôle que les deux pontifes précédents avaient dissimulé. Mais, en définitive, c’est lui en personne qui dicte le rythme et les formes de la géopolitique du Vatican. Davantage par ses silences que par les propos qu’il tient.
Il n’a rien dit à propos des centaines de lycéennes nigérianes qui ont été enlevées par Boko Haram. Il n’a pas parlé de la jeune mère soudanaise Meriam, condamnée à mort uniquement parce qu’elle est chrétienne et qui a fini par être libérée, grâce à l’intervention d'autres personnes. Il garde le silence à propos d’Asia Bibi (2), une mère pakistanaise enfermée depuis cinq ans dans le quartier des condamnés à mort, elle aussi parce qu’elle est "infidèle", et il ne donne même pas de réponse aux deux lettres pleines de tristesse qu’elle lui a écrites cette année, avant et après la confirmation de sa condamnation.
 
Le rabbin argentin Abraham Skorka, ami de longue date de Bergoglio, a raconté qu’il avait entendu celui-ci dire qu’il "faut caresser les conflits".
C’est ce que fait le pape avec l'islam, y compris celui dont la théologie est la plus sanguinaire. Il ne désigne jamais les responsables par leur nom. Il faut les "stopper", a-t-il dit, mais sans expliquer comment. Il prie et il fait prier, comme avec les deux présidents israélien et palestinien. Il demande sans arrêt le dialogue, mais sur ce qui unit et non pas sur ce qui divise.
 
En 2006 Benoît XVI, d’abord à Ratisbonne et ensuite à Istanbul, a dit ce qu’aucun pape n’avait jamais osé affirmer : que la violence associée à la foi est l'inévitable produit du lien fragile entre foi et raison dans la doctrine musulmane et dans sa compréhension même de Dieu.
Et il a clairement déclaré que le monde musulman était confronté à ce même défi historique que le christianisme avait déjà affronté et surmonté : celui d’"accueillir les véritables conquêtes des Lumières, les droits de l’homme, et en particulier la liberté de la foi et de son exercice".
C’est de là qu’est né ce germe de dialogue islamo-chrétien qui s’est concrétisé dans la "lettre des 138 sages" écrite au pape Joseph Ratzinger par des responsables musulmans de diverses tendances.
 
Ces jours derniers, le pape François a salué quelques uns de leurs représentants, arrivés à Rome pour une nouvelle session de ce dialogue. Mais ils n’ont pas parlé de ces questions capitales, le germe s’est desséché.
 
Cela fait désormais un millénaire que, dans l'islam, la “porte de l'interprétation” est fermée et qu’il n’est plus possible de discuter du Coran sans danger, et même danger de mort.
 
Sandro Magister
Sources : L'Espresso" n° 47 du 21 novembre 2014/LPL