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02/08/2018

Affaire "benalla" : à la fois une affaire d’État et une crise crise de régime .

 

 L’Affaire Benalla — alias Lahcene Benahlia d’après Algérie patriotique du 20 juillet ; cet organe officieux des Services algériens le signale comme un agent de la DGED, les Services de renseignements marocains, et « introduit dans les rouages du PS par Najat Vallaud-Belkacem  » — n’est pas une simple histoire de violence en marge des défilés du 1er Mai… Ni une question de privilèges professionnels exorbitants. La presse et l’opinion se sont dans un premier temps focalisées sur des violences qui auraient été indues de la part d’un gendarme supplétif, ce qui laisserait supposer en contrepoint qu’elles pourraient être plus admissibles de la part de personnels réguliers des forces de l’ordre ! La violence ne serait au fond pas condamnable en soi, mais uniquement épinglée parce que visible et diffusée. 

On connaît sa ligne de défense : Benalla prétend — responsable mais pas coupable — avoir agi en vertu de l’article 73 du code de procédure pénale, lequel dispose qu’il appartient à tout citoyen d’intervenir en cas de commission d’un crime ou d’un délit ! Cela s’applique-t-il dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre (dont la conduite relève des seules autorités publiques) et en présence active d’officiers de police judiciaire ? Évidemment non ! Mais cela évite de s’interroger sur la présence du susdit en un lieu si éloigné de son patron et de l’étable élyséenne. La réponse à cette question pourrait ne pas être anodine. Car agissait-il en tant qu’agent provocateur, et pour quelle raison ? 

Autre ligne pare-feu destinée à écarter du champ de vision de l’opinion les questions réellement pertinentes et faire converger les regards vers des aspects mineurs du dossier, tels les avantages indus et autres traitements de faveur accordés au chouchou du principule ! Appartement quai Branly, véhicule et arme de service, libre accès au Palais Bourbon (à la salle des sports, nous dit-il), nomination au grade de lieutenant-colonel de la réserve opérationnelle de la gendarmerie et futur sous-préfet. Rien ne lui manquait dans ce cursus honorum météoritique… sauf la Légion d’honneur si prisée de la valetaille !

 

Bref, tous les commentateurs radotent les mêmes platitudes et en arrivent très vite à enfiler les poncifs comme les perles d’un collier. Peu vont à l’essentiel, à savoir ce que cet incident de parcours révèle de pratiques politiques, de zones d’ombre existant dans les ruelles d’un pouvoir démocratique qui se voulait et s’annonçait comme “irréprochable”, de l’existence de réseaux parallèles et de personnages éminemment douteux au sein des superstructures étatiques. Benalla était manifestement habilité à court-circuiter toutes les hiérarchies — au grand dam d’officiers aguerris et méritants blanchis sous le harnais des servitudes volontaires — et le président nous dit sans rire  de cet homme « qu’il n’est pas son amant ». Alors de qui ? De l’un, de l’autre, des deux ? De quoi était-il le pourvoyeur ? De protection très rapprochées ou de substances illicites ? Le doute est permis et plus rien ne surprend depuis le passage de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Reste une ultime question : pourquoi le quotidien vespéral, Le Monde, a-t-il lâché aussi abruptement Macron après avoir soutenu sa candidature ? En quoi ou envers qui Macron a-t-il donc fauté ? Où a-t-il passé les limites ? Quel coup d’arrêt lui a-t-il été administré et pourquoi précisément ?

Certes Benalla, glabre, la barbe rasée de frais, s’est exprimé le 27 juillet devant les caméras de TF1, d’une voix légèrement chuintante mais avec une élocution parfaitement maîtrisée. Sur le thème « j’ai fait une grosse bêtise, j’le refrai plus ! »… Un mode de défense aussi éculé que profondément dérangeant pour avoir été le misérable et infantile argument d’x générations d’exécrables assassins se présentant au commissaire de police après avoir égorgé toute leur famille. Cet exercice de sang-froid reptilien et de fausse contrition a fait dire aux commentateurs mandatés pour le faire, que l’accusé venait de nous prouver qu’il était tout sauf un banal voyou de banlieue… Dont acte !

Marlène Schiappa, ministre chargé des Droits des femmes, a décidé pour sa part qu’il n’est pas une « petite frappe ». Ce qui ne manque pas de sel au regard des fonctions de cette dame si l’on sait que l’homme avait été jugé pour violences sur une femme en 2015… mais relaxé en 2016 ! Un cogneur au grand cœur, façon Noir désir sans doute, en tout cas qui nie aujourd’hui avoir porté le moindre coup au couple interpellé sans ménagement place de la Contrescarpe ce fatidique  1er mai… Comme si cet exercice d’autocritique télévisuelle était en soi absolutoire. On se serait quand même un peu douté que Benalla possédait un certain savoir-faire, cela même sans cet exercice d’amende peu honorable. Il y a de brillants voyous comme l’on rencontre assez fréquemment dans la stratosphère du Secteur public des imbéciles supérieurs sortis bien classés de l’École nationale d’administration, de Polytechnique ou des Mines ! Prestation de Benalla à l’évidence soigneusement préparée (media training), dûment répétée et que les organisateurs ont essayé de nous vendre comme l’expression spontanée du regret sincère jaillissant d’un cœur pur. 

 

BENALLA n’a au fond qu’un intérêt très limité. Si cette affaire a mis deux mois à sortir, c’est qu’elle est au départ une non-affaire, ajoutant que si la loi sur les fausses nouvelles (fake news) était passée (or elle a été massivement rejetée le 26 juillet par le sénat considérant ses principaux articles comme « inadaptés, inefficaces et dangereux »), il est assuré que nul n’en aurait jamais entendu parler. Que cette affaire sortie d’une pochette surprise a été certainement l’occasion de règlements de comptes mettant aux prises au sommet de l’exécutif différentes obédiences maçonniques concurrentes (sachant que tous les hauts gradés de la police et que de nombreux officiers supérieurs de l’armée en sont)… Benalla lui-même, membre depuis janvier 2017 de la Grande loge nationale de France au sein de l’atelier des Chevaliers de l’espérance, aurait été suspendu d’activités fraternelles le 24 juillet, à titre conservatoire, jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire le concernant, selon L’Express du 25 juillet 2018 ! 

Ce fait intervenant le jour même où Emmanuel Macron lançait sa contre-offensive, non devant les Français qu’il est supposé représenter, mais devant les parlementaires de sa majorité. « Alexandre Benalla n’a jamais détenu les codes nucléaires, Alexandre Benalla n’a jamais occupé un appartement de 300 m2, Alexandre Benalla n’a jamais eu un salaire de 10 000 euros, Alexandre Benalla n’est pas mon amant. » Néanmoins, le président nous la baille belle. Tout montre que, lorsque l’on veut évacuer des informations gênantes, il suffit de les mélanger avec d’autres vraies — mais exagérément grossies — ce qui aboutit à en discréditer la totalité. Reste que dans ce propos se trouve comme un relent de Cahuzac, l’homme qui mentait sans ciller, les yeux dans les yeux, face à l’Assemblée nationale. Il est vrai que depuis le 21 juin, la Fête de la musique et le raout géant de l’Élysée (1 500 invités), avec ses transsexuels se tortillant sur le perron de la présidence, celle-ci fait un peu figure de « Cage aux folles ». Cette histoire serait-elle à cet égard un rappel à l’ordre pour un président immature « qui ne se sentirait plus pisser » et glisserait sur la même pente que son prédécesseur Hollande ? Malgré la victoire des “Bleus” à la coupe du monde de balle au pied, les sondages ne sont en effet pas fameux pour le chef de l’Etat.

Reste qu’Emmanuel Macron n’est pas le seul chef de l’Etat français à s’être entouré de personnalités à même de réaliser de mauvais coups. Plusieurs de ses prédecesseurs l' ont fait . Que l’on songe à De Gaulle qui ne s’est jamais gêné pour se servir d’une véritable police parallèle, le SAC (le Service d’Action civique), créé en 1960, pour neutraliser, intimider voire violenter ses adversaires, notamment les militants de l’Algérie française, et tous ceux susceptibles de contrecarrer sa politique, ou à Mitterrand qui a notamment persécuté de manière systématique, via des hommes de main et de l’ombre, l’écrivain Jean-Edern Hallier qui voulait rendre publique l’existence de sa fille adultérine Mazarine Pingeot et le fait que la mère et la fille étaient somptueusement logées et nourries aux frais du contribuable.

 

Le dossier BENALLA devient, quant à lui, sous le feu des media une affaire d’État qui prend peu à peu des allures de crise de régime mettant en lumière la poursuite d’âpres luttes souterraines entre factions rivales au sein de la gauche cosmopolite accrochée au pouvoir comme un tænia armé. Que l’ectoplasme Hollande ait pu pousser à la roue n’est pas non plus à exclure, n’ayant jamais digéré sa piteuse éviction du champ de foire électoral et du cirque démocratique. Maintenant, oublions un peu Benalla lui-même pour nous concentrer sur l’essentiel, à savoir sur ce que cette affaire nous apprend d’inédit à propos du fonctionnement de l’État et accessoirement sur la personnalité de la marionnette qui en est en principe la clef de voûte. 

D’abord rappelons que Benalla est censément accrédité secret défense, cela — par conséquent — après une enquête longue et approfondie… Pourtant, chauffeur du ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, il avait été remercié en 2012 par icelui pour un délit de fuite... Le ministre de l’Intérieur de l’époque lui avait également refusé par deux fois le port d’armes, en 2013 puis en 2017. Bagatelles ! Ce qui n’a pas empêché Macron d’avoir pensé à lui (ainsi qu’à son acolyte Vincent Crase) afin de créer ce qui aurait été une police parallèle à sa seule dévotion. Dans cette perspective Macron avait confié à cet homme sans expérience significative, le dossier de la réorganisation de la sécurité présidentielle. Benalla, en dépit du décalage existant entre son profil de carrière et les compétences requises pour ce type de mission, aurait malgré tout été chargé de créer un équivalent français du Secret Service américain, une Agence entièrement dévolue à la protection du président des États-Unis, en particulier sous l’angle de la lutte anti-terroriste. Ajoutons que l’embryon de ce projet de garde prétorienne était déjà en gestation avec une Task Force [sic] élyséenne précisément affectée au contre-terrorisme ! Supposons à bonne raison que cette montée en puissance trop rapide du favori du couple Macron, ait pu précipiter sa chute… Et pourquoi pas à terme celle d’un président qui n’a pas — par un manque évident de culture classique — retenu les leçons de l’histoire ancienne, entre autres que la Roche tarpéienne est affreusement proche du Capitole.

 

Nous retiendrons, à quelques jours d’intervalle, l’image d’un président exultant, hystérique, dans la loge officielle du stade où se jouait à Moscou la finale de la coupe du monde de football. Puis la présentation de l’équipe victorieuse — une équipe africaine repeinte aux couleurs d’une République bigarrée et plurielle — qui hurlait « On a tout cassé » ! Au-delà de l’interprétation métaphorique d’une formule déjà assez mal venue, comment ne pas faire le lien avec l’infernale bacchanale qui suivit sur les avenues des Champs-Élysées et de la Grande Armée, avec ses scènes de pillages, ses véhicules retournés ou en feu, la police l’arme au pied, témoin consterné de ce que d’aucuns mal inspirés nomment l’expression d’une légitime liesse populaire ? Tous parleront d’un retour fracassant du patriotisme sans se rendre compte que la Novlangue étant passée par là, le mot chauvinisme avait été effacé du vocabulaire. Les chiffres de viols et de véhicules incendiés (850) au cours de la nuit, n’auront évidemment pas fait la une de la grande presse bien-pensante. Quelques jours plus tard cependant, l’esquisse d’un abîme s’ouvrait sous les pas du Marcheur en réunion. Et chose extraordinaire pour le coup, un étonnant unanimisme rameutait des oppositions que rien ne semblait a priori disposer à se rassembler. Nous ne sommes plus désormais à un paradoxe près. Mais il est vrai que nous sommes dirigés par des déments dans un monde lui-même complètement désorienté qui a perdu tous le repères .

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