Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/11/2014

Loi Taubira : stratégie du revirement de Sarkozy et formatage des idées.

 

 

La gauche s’en étrangle d’indignation, la droite dite républicaine se montre passablement embarrassée et divisée : les propos de Nicolas Sarkozy selon lesquels la loi Taubira légalisant le “mariage” homosexuel devrait être « réécrite de fond en comble » ont suscité une avalanche de réactions car jusque-là tout le monde avait enregistré que l’opposition parlementaire ne reviendrait jamais, ni de près ni de loin, sur cette loi selon le fameux principe du cliquet qui veut qu’une législation votée par la gauche ne soit jamais remise en question par la droite, celle-ci une fois revenue aux affaires. Que l’on songe entre autres à l’abrogation de la peine de mort (1982), au remboursement de l’avortement (1982), au renouvellement automatique pour dix ans de la carte de séjour pour les immigrés présents en France (1984), à la loi Gayssot (1990), au délit d’entrave à l’IVG (1993), au Pacs (1999), à la loi Aubry libéralisant encore davantage l’IVG et créant explicitement un droit à avorter (2000). Ce que la gauche a fait, la droite ou prétendue telle ne saurait le défaire.

C’est un « coming out homophobe », a dénoncé le secrétaire général du PCF Pierre Laurent jugeant que Sarkozy avait “cédé” à des militants d’“ultra-droite”. Soit dit en passant on voit à quel point est extensive la notion d’“homophobie”. Emettre, ne serait-ce que des réserves, à l’égard de la loi Taubira sur le « mariage pour tous », c’est déjà être “homophobe”, c’est-à-dire commettre un délit puisque la prétendue “homophobie” est punie par la législation (loi Perben du 30 décembre 2004) jusqu’à un an d’emprisonnement ferme et 45 000 euros d’amende. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a raillé Nicolas Sarkozy, estimant que « lorsqu’on a des convictions, on fait en sorte que la foule s’y rallie, on n’épouse pas les convictions de la foule ».

Les proches de l’ancien chef de l’Etat n’ont guère été plus amènes : Valérie Pécresse, ancienne ministre sarkozyste, a estimé que « l’abrogation n’est pas humainement réaliste » et prôné une réécriture, tout en admettant ne pas savoir « ce qu’a souhaité dire » l’ancien président. Le député UMP Frédéric Lefebvre, ancien très proche de Nicolas Sarkozy, s’est nettement démarqué : déjà « avec le PACS, nous avons collectivement à droite raté le coche de la modernité. Soyons sérieux et sincères. Cessons d’entretenir des débats d’un autre temps », a-t-il lancé.
 
Quant au nouveau président centriste de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, il a qualifié d’“erreur” la déclaration d’un Nicolas Sarkozy pas « à la hauteur du chef d›Etat qu›il a été », tandis qu’Hervé Morin affirmait qu’il était « vain et démago de rouvrir une fracture dans le pays ». Ces déclarations montrent à quel point ces élus dits de droite sont soumis aux oukases et au magistère de la gauche bien-pensante et combien ils en épousent les idées, les mots d’ordre, les réflexes, le vocabulaire, les interdits et les dogmes.

 

Evidemment on ne saurait dans ce domaine comme dans les autres faire la moindre confiance à Nicolas Sarkozy. D’abord il est faux de dire qu’il se soit prononcé clairement pour l’abrogation de la loi Taubira, la réécrire n’est en effet pas la même chose. Par ailleurs, dans son allocution, il s’est dit d’accord sur le principe du “mariage” homosexuel. Le revirement de l’ex-chef de l’Etat est donc très relatif et s’explique essentiellement par le fait que sa campagne interne pour la présidence de l’UMP patine quelque peu et qu’il n’a pas envie de se faire manger de la laine sur le dos par son concurrent Hervé Mariton qui, lui, s’est prononcé explicitement pour l’abrogation de la loi Taubira. « C’est une manœuvre électorale pour me siphonner des voix » a aussitôt réagi un Mariton qui n’est pas né de la dernière pluie.

Au reste, la prise de position du ci-devant maire de Neuilly s’explique aussi par le lieu où il tenait son discours : invité à un débat par Sens commun, une association née au sein de l’UMP dans le sillage de la Manif pour tous et très hostile au mariage inverti, il se devait de droitiser momentanément son discours pour séduire l’auditoire qui l’avait quelque peu chahuté jusque-là du fait de ses ambiguïtés sur le sujet. Sarkozy qui est tout sauf un imbécile connaît les recettes qui lui ont permis de conquérir l’Elysée en 2007 et qui ont failli lui assurer sa réélection cinq ans plus tard malgré un bilan calamiteux. Lors de la campagne présidentielle de 2012, après avoir tergiversé, il s’était finalement prononcé contre la légalisation du “mariage“ homosexuel. Libération avait pourtant annoncé peu avant que, notamment sous l’influence de Jean-François Copé, il se rallierait au principe du “mariage” gay. L’intervention, notamment de Patrick Buisson qui lui avait fait comprendre qu’il avait plus à perdre qu’à gagner en s’alignant sur la gauche sur les questions sociétales l’avait finalement dissuadé d’enfourcher ce cheval de bataille.

 

 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

 

Au risque de décevoir , nous ne nous attarderons pas sur le prétendu revirement de Sarkozy sur le mariage pour tous : les propos qu’il a tenus, ce samedi 15 novembre, devant les militants de Sens commun, ce petit mouvement qui sert de courroie de transmission de l’UMP à l’intérieur de La Manif pour tous, constituent un non-événement.

 

Personne ne sera dupe, évidemment : Sarkozy, c’est l’homme sans convictions qui cherche seulement à plaire à son public du moment. Du reste, comme l’a fort bien commenté Hervé Mariton — depuis toujours opposé à la dénaturation du mariage — qui, avec le pro-LGBT Bruno Lemaire, brigue, lui aussi, les voix des militants UMP pour la présidence du parti, Sarkozy ne veut abolir la loi Taubira que pour aussitôt la réadopter, puisqu’il prévoit de légaliser deux mariages... Le caractère pitoyable de sa prestation montre à quel point il est déconnecté du besoin des Français d’une parole politique sincère.

 

Plus intéressant est le sondage IFOP-Atlantico paru le même jour : 68% de nos compatriotes seraient désormais favorables à la dénaturation du mariage et 53% à « l’adoption d’enfants par des couples de même sexe », le taux progressant fortement dans l’électorat UMP. Pour Jérôme Fourquet, de l’IFOP, « une fois que c’est voté et que la bataille est finie, [l’]électorat flottant se rallie à la majorité et à la légalité ». Ou comment reformuler maladroitement cette loi politique dégagée par Maurras, selon laquelle le suffrage universel est naturellement conservateur, à savoir qu’il conserve l’existant. Ce qui donne toute sa portée à un prétendu effet de cliquet au plan sociologique ( et au plan constitutionnel ?) : il n’est que le fruit du régime d’opinion. Entre bourrage de crâne, refus de s’engager, crise économique (« il y a d’autres priorités ») et peur d’apparaître ringarde, l’opinion, si rien ne vient la bousculer, suit la politique du chien crevé au fil de l’eau. C’est pourquoi, compte tenu du formatage des esprits par les media, rien ne serait pire, en 2017, qu’un référendum sur le sujet.

 

Observons toutefois que cette propension de l’opinion à se conformer au discours dominant doit être nuancée. Le même sondage indique qu’il n’y a que chez les sympathisants du Front national que l’adhésion baisse : 44% pour le mariage homo contre 54% au début de 2013 et 28% pour l’adoption contre 38%. Ainsi, ceux qui font la démarche de promouvoir un bouleversement — réel ou supposé : peu importe en l’occurrence — de la donne politique française sont également ceux qui conservent le plus de liberté d’esprit et chez lesquels on observe même un retournement de tendance ! Il est donc clair que les Français qui se tournent vers le FN n’attendent pas de celui-ci qu’il confonde dédiabolisation et normalisation et se soumette au politiquement correct, mais qu’il demeure, au contraire, une force politique à l’identité forte. Du reste, le parti de Marine Le Pen aurait tort de ne pas profiter du discrédit de plus en plus manifeste de Sarkozy au sein même de l’électorat le plus droitier de l’UMP. C’est donc en demeurant aux yeux des Français comme un parti qui ne lâche rien sur l’essentiel que le FN joue son avenir politique. Si nos compatriotes se détachent de l’UMP et du PS, ce n’est certainement pas pour se tourner vers une formation qui chercherait à les singer, et ce en plus mal, faute des moyens et des compétences suffisants pour le faire !

 

D’autant que les partis politiques, lucides sur l’état de l’opinion à leur encontre, ripostent en créant des structures vertueuses. Nous avons évoqué Sens commun, qui ne vise ni plus ni moins qu’à récupérer au profit de l’UMP la Manif pour tous et, du coup, à neutraliser l’action de cette formation et les votes de ses militants... au plus grand profit de la droite molle. Sens commun n’a-t-il pas prévenu dès fin octobre qu’il n’appellerait à voter pour aucun candidat précis à la présidence de l’UMP ? Quant à la présidence de la république, « quelles consignes de vote pourra donner, en 2017, Sens commun, sans se renier ? », demande Gabrielle Cluzel  : mais c’est oublier que Sens commun, ayant rempli son office, n’existera plus en 2017 !

 

Quant à l’Union des jeunes euroréalistes, elle a été lancée par cent jeunes, « de droite et de gauche », qui jouent ouvertement la carte de l’alliance UMP-PS, en vue de récupérer l’opposition grandissante du pays réel à l’Union européenne. Dans leur manifeste, que l’hebdomadaire Marianne a publié, ces jeunes, qui disent appartenir à la génération « Maastricht », et qui proclament que « le souverainisme doit être une idée de progrès », affirment avoir pour ambition de « remettre en cause cette Union européenne technocratique » et de « pouvoir débattre de l’euro [...] sans être taxés d’extrémistes, de nationalistes voire de fascistes. »  Comme c’est chou ! Ignorent-ils donc, pour être, malgré leur jeune âge, déjà enfermés dans le carcan de leurs partis, que ce débat est lancé depuis longtemps, et que l’Action française, la droite nationale et les économistes hétérodoxes, la plupart issus de la gauche, se rejoignent dans les conclusions, sinon dans tous les remèdes ? Les structures de réflexion et de proposition existent donc déjà et nous invitons ces jeunes à venir chez nous prendre l’air... au risque, il est vrai, d’être taxés de nationalistes, ce qui, pour eux, est synonyme d’ « extrémistes voire de fascistes »... Aussi, pour le même prix, leur offrirons-nous des cercles de formation politique : ils apprendront qu’il existe d’autres maîtres à penser qu’Arnaud Montebourg et Henri Guaino...

 

Oui, la République est un régime qui gouverne mal mais se défend bien. Les partis politiques n’hésitent pas à récupérer les contestations des Français dans le seul but de les neutraliser car ils ont peur que le peuple ne s’exprime mal. Qu’il s’agisse des prétendues évolutions de la société ou de l’Europe, le credo de l’inéluctabilité ne doit, en effet, pas être remis en cause par un pays réel au bon sens incurable.

 

Aussi nul besoin d’aller perdre son temps dans de prétendus collectifs qui, issus des partis, n’en sont que les faux-nez. Mais nul besoin non plus de s’égarer vers de prétendues formations hors système qui, sous prétexte de « réconciliation nationale », cherche à recycler un antisémitisme sénile dans un antisionisme des « quartiers » qui ne trompe personne. Ceux qui ont toujours craché sur la France — récemment encore sur notre armée en Afrique — ne sauraient donner aucune leçon de patriotisme. Leur mauvais spectacle ne peut convaincre qu’une jeunesse sans formation ni racine nationales, prête à suivre tous les clowns tristes qu’un pouvoir complaisant transforme habilement en martyrs, chacun y trouvant finalement son compte.

François Marcilhac

 

 

Les commentaires sont fermés.